Mamoudou Barry : une marche blanche en mémoire à un brillant universitaire

Rouen tente de faire face au deuil en ce vendredi 26 juillet. Plus de 1400 personnes se sont rassemblées lors d’une marche blanche à l’honneur de Mamoudou Barry. Ce chercheur de 31 ans, à l’Université de Rouen Normandie, est décédé samedi 20 juillet, après avoir passé quelques heures dans le coma au CHU de Rouen. Il avait été grièvement blessé dans une altercation dans la banlieue de Rouen, à Canteleu. Rendons hommage à cet enseignant, docteur en droit, qualifié de « brillant intellectuel » par son entourage.

«Justice pour Mamoudou », «Halte au racisme », «Justice pour le Docteur ». Tels sont les slogans entendus lors de cette marche blanche qui rendait hommage au Docteur Mamoudou Barry en ce vendredi 26 juillet. Ce docteur en droit, Guinéen de 31 ans, marié et père d’une fille de 2 ans est décédé des suites de ses blessures, à cause d’une violente altercation.

Que s’est-il vraiment passé lors de ce samedi 20 juillet ? Rappel des faits. Mamoudou Barry, enseignant chercheur guinéen, a été agressé ce vendredi 19 juillet, peu après 20 heures, alors qu’il rentrait chez lui avec son épouse en voiture, à Canteleu, dans la banlieue de Rouen. Selon plusieurs sources concordantes, son agresseur l’aurait interpellé et pointé du doigt en insultant le couple de « sales Noirs », à la hauteur d’un arrêt de bus. « Sales Noirs, on va tous vous buter », aurait même dit l’agresseur. Mamoudou Barry serait alors sorti de sa voiture pour demander des explications. Selon son avocat, Maître Jonas Haddad, l’agresseur l’aurait frappé « à coup de poings et de bouteilles. Il est tombé la tête la première sur le sol, avec le rebord d’un arrêt de bus, ce qui a provoqué les blessures mortelles », développe t-il.

 

 

On en sait également un peu plus sur le principal suspect, Damien A. Selon son avocat, Maître Demir, l’agresseur présumé, âgé de 29 ans et père d’un petit enfant, est né d’un père turc et d’une mère française. Placé sous curatelle, il travaillait de manière irrégulière dans le bâtiment, vivait à Sotteville-lès-Rouen dans un foyer et avait déjà suivi des soins dans un hôpital psychiatrique de l’agglomération.

De nombreux internautes, notamment sur les réseaux sociaux, faisaient des liens avec la finale de la Coupe d’Afrique des Nations, entre le Sénégal et l’Algérie. Cependant, après des premières analyses de l’enquête, ce rapprochement lien entre les faits et le coup ne semble en revanche pas établi. L’agresseur présumé est un Franco-turc et non un supporter de l’Algérie. Et s’il portait bel et bien un maillot de foot, il s’agissait de celui du club stambouliote de Galatasaray.

« Monsieur Barry est mort en raison de sa couleur de peau. Toutes les théories sur le lien avec l’Algérie ne sont pas dignes et ne respectent pas la décence qui s’impose après la mort d’un homme », dénonce Me Jonas Haddad, l’avocat de la famille du défunt.

Mais qui était Mamoudou Barry ? Ce brillant universitaire venait de valider sa thèse et était promis à un très bel avenir. Marié et père d’une petite fille de deux ans, il aura marqué son entourage par son intelligence, son ouverture d’esprit et sa douceur. Son entourage ne retient que du positif sur lui.

D’après Mamadou Barry, son grand frère, très ému lors de la marche blanche, il était une personne « très brillante. Il venait de soutenir sa thèse de droit et il était promis à un brillant avenir. C’était un humaniste, très apprécié de ceux qui le côtoyaient. Il avait gardé de profonds liens avec la Guinée, notre pays d’origine », raconte t-il.

Un sens de l’humanisme inné, une âme solidaire, une personne conciliatrice n’élevant presque jamais la voix et sachant manier le verbe, c’est ce que résume son ami d’enfance, Saidou Diallo qui le connaissait depuis 15 ans. « Tout ce que je retiens de Mamoudou, depuis tout petit, c’est qu’aucune personne de notre entourage, que ce soit dans notre enfance, notre adolescence ou à l’âge adulte, aucune personne ne l’a jamais vu se battre » tient à dire Saidou. « C’est simple, on l’appelait le Sage », se souvient-il. « Quand des gens se disputaient, il s’interposait pour discuter, on l’écoutait. » Toujours prompt à donner des conseils, pour « aider à être les plus bons possibles », Mamoudou a toujours été un conciliateur.   « C’est pour cela qu’il a voulu discuter avec son agresseur », affirme Saidou. « Malheureusement, c’est aussi dans cette démarche qu’il est décédé », soupire t-il.

« Mamoudou était quelqu’un de brillant. Nous sommes arrivés le même jour en France, en septembre 2012. Nous avons travaillé ensemble pendant deux ans. J’étais son secrétaire général alors qu’il était vice-président de l’association des étudiants Guinéens à Rouen », raconte Ibrahima Barry, l’un de ses plus proches confidents. « Ce n’est pas que la famille et les amis proches qui perdent quelqu’un, c’est aussi la Guinée qui perd un grand talent ».

« Mamoudou Barry était un frère, un ami, un époux, un collègue et un citoyen exemplaire. Il participait ainsi, à son échelle, au rayonnement de ces pays », résume le texte accompagnant la cagnotte créée pour aider sa famille à gérer ce décès soudain. Elle a été mise en ligne par trois de ses amis et représente « un appel à chacun (personne physique, morale, ONG….) pour  mobiliser les fonds nécessaires au rapatriement de son corps en Guinée », est-il écrit. « Ces fonds pourront également aider sa famille dans les obsèques mais aussi et surtout pourront accompagner sa femme et sa fille ».

Son épouse, à ses côtés lors du drame, est dévastée. Elle avait rencontré Mamoudou en Guinée, étant originaire du même village que lui. « On fait tout pour les protéger, elle et leur fille », assure Saidou, « notamment en gardant leurs identités confidentielles. »

Le rappeur Togolais Rost, présent lui aussi lors de la marche blanche, dénonce d’une voix grave : « Il faut faire le distinguo entre les pseudos supporters et les vrais supporters qui eux savent être respectueux et fair-play, on l’a bien vu lors de la finale de la CAN ! Le football est vecteur de cohésion entre les différentes communautés. » Pour les jeunes générations, Rost clame qu’il ne faut pas laisser passer la moindre injustice. « Il ne faut plus jamais accepter le moindre écart de conduite, la moindre parole raciste. Les Juifs ont déjà vécu des choses et un jour ils ont dit plus jamais. A chaque fois qu’un des leur est touché, ils montent au créneau. Aujourd’hui, il faut faire la même chose pour toutes les communautés, ne serais-ce que pour la moindre injure ».

Monsieur Mamoudou Barry, que votre âme repose en paix. Soyez sûrs que votre entourage, vos proches resteront toujours fiers de vous, où que vous soyez. Votre parcours inspirera de nombreux jeunes.

Chad AKOUM

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