ICI L’ONDE : Interview de Thierry Fresneda, Fondateur & président de Association Handicapable conjuguons nos talents

 

 « Une fois que nos talents se conjuguent, cela génère une force associative »

 

 

Tu peux te présenter en 3 mots ?

En trois mots ça va être un peu plus long, je m’appelle Thierry Fresneda, j’ai 56 ans et je suis en situation d’handicap depuis 2005. Je suis en couple, j’ai trois enfants qui sont tous majeurs et je suis deux fois grand père.

Tu es fondateur de l’Association Handicapable conjuguons nos talents, peux-tu nous présenter ton association ? Son histoire ?

J’ai créé l’association en date du 6 juin 2019 car il n’en existe pas sur grand Quevilly curieusement, j’aidais des personnes en situation handicap et des seniors, parfois c’était sur le chemin pur porter leur course, pour les aider, une petite souplesse qui leur fait plaisir et puis une rencontre qui m’a suggéré de créer cette association et cette rencontre, elle s’est faite sur une fête de quartier. Cette rencontre c’est celle de Didier Bouteiller qui est délégué au handicap à la mairie de grand Quevilly et qui me demande pourquoi ne pas en créer une association et l’idée est parti comme ça.

Pourquoi le nom de Handicapable ? Et pourquoi conjuguons nos talents ?

Je pars du principe que chacun est capable de quelque-chose même si son handicap ne lui permet plus d’opérer dans son métier, mais je pense il faut se réinventer et puiser dans des savoirs-faires ou des bases qui n’avaient jamais eu l’occasion d’être exploitées avant. “Conjuguons nos talents” c’est échanger les idées et partager les capacités, et une fois que nos talents se conjuguent, cela génère une force associative.

Connais-tu tous les handicaps ? Ou encore aujourd’hui tu en apprends ?

Bien évidement je ne connais pas tous les handicaps, ils sont très nombreux, et on vit dans une époque où beaucoup d’handicap se développent. Donc j’apprends continuellement et je continue d’apprendre.

Quel lien tu crées entre toi et les adhérents ? Comment tu crées ce lien ?

Le premier lien qui est à créer et qui me semble essentiel, c’est la confiance. La confiance se base sur la liberté et sur le rythme de chacun. Je ne force personne, je discute, je me présente et c’est selon le feeling de la personne. Chacun est libre de venir. C’est essentiellement basé sur la confiance.

 

Ton association est ouvert à tout le monde ou est-ce que c’est exclusivement pour les personnes en situation de handicap ?

J’accueille des personnes en situation de handicap, mais aussi les accompagnant. Cela peut être la famille, quelqu’un qui s’occupe d’une personne handicapée et qui a besoin aussi de parler, parfois de trouver des solutions. J’ai un exemple d’une personne qui vient avec sa maman, et cela fait du bien à sa maman. Et puis c’est aussi pouvoir s’exprimer librement sur le handicap sans peur, ni honte. Des gens qui ont besoin de se lâcher et d’en parler. Et aussi parfois on peut avoir des personnes en situation d’handicap qui profitent de ce qu’elles devraient. On essaye de trouver des solutions logiques par rapport aux paramètres qu’on nous donne.

 

 « Il y a un travail à faire dans les esprits »

 

 

Aujourd’hui considère tu que certains handicaps sont encore dans l’ombre ? Si oui, lesquels ?

Oui, tout à fait. Je prends le schéma classique, on voit un fauteuil roulant, on devine, mais il y aussi des handicaps invisibles, les dysphasiques, les dyslexiques, des malentendants, les troubles générés par des maladies internes, on croise la personne on ne voit rien. Mais il y a eu beaucoup d’effort de la part de tous, la notion de handicap prend de l’ampleur. Les commerces doivent se munir d’espaces adaptés, c’est quelque chose qu’on ne peut pas occulter.

Tu penses que dans certains domaine (ex : école, travail etc…) on met peu de moyen sur les personnes en situation d’handicap ?

Je pense qu’obligatoirement, le handicap prend de l’ampleur. Je pense qu’obligatoirement il y a des moyens qui doivent être mis en place. Il y en a de plus en plus, on prend davantage le handicap en compte, que cela soit du simple accès pour la personne en fauteuil, ou les toilettes accessible pour les personnes. A l’école aussi c’est fait, où il y a des accompagnateurs pour les personnes en situations d’handicap, il y a des efforts de fait. Il y a encore un effort magnifique à faire : c’est l’acceptation du vivre ensemble, que les valides acceptent que les handicaps existent, cela doit devenir une normalité et il y a un travail à faire dans les esprits.

As-tu eu des personnes en situation d’handicap témoignant qu’ils ont été discriminés à cause de leur handicap ? Ou d’autres situation assez similaire ?

Personnellement, moi je n’ai pas rencontré cela. Je n’ai pas vécu de discrimination, bien au contraire. Maintenant, j’ai connu quelqu’un qui a eu une discrimination au travail. Il avait un poste à l’accueil.  Et il est devenu handicapé, et on l’a un peu mis au placard. On lui a proposé un bureau derrière, c’est un bureau qui ne donnait plus accès à la clientèle. Il s’est retrouvé à trier des dossiers, il n’avait plus ce contact clientèle.

Penses-tu que le handicap est simplement un obstacle et finalement n’empêche pas de réussir ?

De toute façon le handicap c’est toujours un obstacle, quand il arrive comme ça. Il devient un obstacle. Et on passe tous une phase un peu difficile. Maintenant il faut se réinventer, il faut savoir s’accepter. Une fois qu’on accepté, il faut aller puiser de ce qu’on peut faire avec et se reformer pour aboutir à quelque-chose d’autre.

Dès le plus jeune âge il faudrait sensibiliser au handicap ?

Évidemment, au quotidien on croise des personnes en situation d’handicap, et je pense qu’il faut sensibiliser dès le plus jeune âge pour amener à un vivre ensemble. Et que cela n’empêche pas une vie en société, ce n’est pas parce qu’on a un ami en fauteuil roulant qu’il ne peut pas être doué sur autre chose. On vit dans une société où à l’école les moqueries sont là. Avec la mairie de Grand Quevilly, j’ai fait des rencontres avec des jeunes. Ils ont du traverser un parcours aménagé avec un fauteuil roulant. Pour certains c’était un jeu, mais après le parcours, ils se sont rendu compte que ce n’était pas évident et un enfant m’a dit «je me rend compte que ce n’est pas facile, par rapport aux routes » et j’ai été ravi.

Le handicap est-il une affaire de tous ?

Le handicap est une affaire de tous, car même si on n’est pas confronté et on n’est pas l’abris d’avoir un accident ou une maladie, il faut faire attention car on peut être confronté.

 

 « Ce sont des petites victoires qui me satisfassent beaucoup »

 

 

Dans l’année tu as eu quelques réunions. As-tu eu une réunion avec tes adhérents qui t’a marqué ?

Eh bien toi, c’est-à-dire avec les pathologies que tu as, tu es une combattante. Tu as vu qu’on a eu un public qui était sénior. Je te cite, car ce n’était pas gagné d’avance et ce que tu fais actuellement… voilà un bel exemple, avec un handicap qui ne se voit pas forcément.

Ensuite il y a une autre personne qui se voyait condamnée, il a fallu insister pour qu’il revoit son médecin, et qu’il fasse une ordonnance et le fait d’avoir mis la pression, il a pu obtenir cette ordonnance et enfin avoir des séances de rééducation. Ce sont des petites victoires qui me satisfassent beaucoup.

 

Tu as pu aussi participer au forum des associations. Concrètement qu’est ce qui te marque le plus dans cette rencontre avec les Quevillais ?

Ce qui m’a marqué, c’est que nous étions la seule association sur le handicap, et beaucoup de monde qui est venu nous poser des questions. Également des personnes sans handicap. Cela a été une belle expérience et une belle démarche que la ville a mis en place.

 

Si à la rentrée je souhaite m’inscrire comment je dois m’y prendre ? Vers qui je m’adresse ?

Les rendez-vous se passent au centre social du Grand Quevilly selon l’évolution de la situation.  Pour nous joindre on a un mail qui est handi.capable.gq@gmail.com. Ensuite on a un téléphone qui est le 06 89 77 84 55 et on également notre page Facebook : Association Handi-Capable. Conjuguons nos talents.

 

Un message ??

À toutes les personnes qui sont en handicap ou non, soyons tous comme le roseau qui a la faculté de plier et comme l’homme de baisser les bras. Il plie mais ne ronge jamais, et chacun pourra puiser là-dedans.

 

 

L’équipe Ici L’onde

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